"Bovernier Commune District Martigny Valais"

La croix du Mont St-Joseph
  

            

 
Si vous vous rendez de Bovernier au hameau de Bémont en empruntant la route des Raccards, après cinq minutes de marche, vous arrivez au lieu dit le Mont Saint-Joseph. A cet endroit, sur une esplanade récemment aménagée, vous découvrez une place de repos et de là une vue générale sur les vignes et le village de Bovernier.
Sur cet emplacement a été érigée une belle croix de granit que nous devons à l'initiative de notre curé Oswald Giroud. 
Pour quelle raison cet emplacement a-t-il été baptisé le Mont Saint-Joseph ? 


 
Avant le prolongement de la route dans la forêt de la Crête du Banc, lors de l'exploitation de la forêt, les billes de bois étaient dévalées dans les couloirs de l'Arzelier, du Tsacoleïn et de la Crête du Banc. Ces trois dévaloirs se rejoignaient à cet endroit baptisé maintenant le Mont Saint-Joseph. De là, un couloir très pentu descendait jusqu'à la route reliant le village des Valettes à Bovernier. Cette configuration de terrain rendait le travail des bûcherons très dangereux, exposés qu'ils étaient à être heurtés et écrasés par les troncs d'arbres descendus dans le couloir. C'est ainsi que deux ouvriers occupés à ce travail perdirent la vie. La tradition nous rapporte aussi qu'une bonne grand-mère, rentrant avec son fagot de bois, avait sans raison apparente trébuché; précipitée dans le ravin, elle devait décéder à ses blessures.

Lors de la grande débâcle de la Dranse en 1818, la route de la vallée fut éboulée vers le "Tzanton la Revene", entre Bovernier et les Valettes. Durant la reconstruction de la route, un cheminement provisoire passait par la route des Raccards, les champs des Parreïres pour rejoindre les Valettes. C'est durant cette déviation qu'un nouveau drame se produisit. Un attelage tiré par un mulet se rendait de l'Entremont vers Martigny. Sur le char à banc avaient prit place deux hommes. Lorsque l'attelage traversa ce dangereux passage, le convoi bascula et les deux occupants furent précipités dans le vide sous les regards de plusieurs personnes. L'un des passagers, écrasé sous le char et son chargement, fut tué sur le coup tandis que la deuxième personne était retenue par ses bretelles dans un buisson d'aubépine. Sous le choc de ce terrible accident, il se produisit en ces témoins terrifiés une disposition psychologique propre à mystifier l'événement. Ceux-ci certifiaient avoir vu le diable au fond du couloir et pouvaient même le décrire : un aspect terrifiant avec des cornes, de gros yeux sortant des orbites, des pieds fourchus, une grande queue. D'une voix forte, il criait :"Jetez-le en bas ! Jetez-le en bas !" Autour du malheureux toujours accroché par ses bretelles, plusieurs diablotins tentaient de le précipiter dans le vide, mais sans succès. L'un d'entre eux avisa le chef de la légion : "C'est impossible, ses boutons sont cousus avec du fil de Sainte Agathe (Sainte Agathe est fêtée le 5 février. Lors de la messe célébrée à son intention et suivant une pieuse coutume, les fidèles apportaient du sel et des bobines de fil pour y être bénis.)

La population était persuadée qu'une puissance maléfique habitait les lieux. Apeurés par ces dramatiques accidents, les habitants franchissaient ce passage avec beaucoup d'appréhension et de crainte. Pour chasser les esprits malfaisants, Satan et ses diablotins, un paroissien en la personne de Joseph Bourgeois fit une démarche auprès d'un père capucin lui demandant de venir exorciser ce coin de terre et de le mettre sous la protection de Saint Joseph.

C'est ainsi que notre commune s'est enrichie d'un lieu-dit. La croix placée en bordure de la route entre Bovernier et les Valettes a été érigée, il y a bien longtemps pour rappeler la mémoire de ces personnes qui ont perdu la vie dans le couloir. Aujourd'hui, les routes forestières facilitent l'exploitation de la forêt et les "tzables" de dévalage ne sont plus utilisés et tombent en désuétude; ils sont recouverts de buissons et d'herbes folles.

Joseph Bourgeois, cité dans cette légende, n'est autre que le père de Théophile Bourgeois Révérend prévôt de la congrégation des chanoines du Grand-Saint-Bernard, fonction qu'il assuma durant 51 ans (1888 - 1939).